Cher David Hockney
Vous m’avez tant aidée.

J’aimerais, à travers cette lettre, vous témoigner mon affection et ma reconnaissance.
Je ne peux même pas vous dire la première fois que j’ai entendu parler de vous : il me semble que vous avez toujours été là, avec vos lunettes rondes, vos tenues arc-en-ciel et vos grandes toiles lumineuses.
Ce que je peux vous dire en revanche, c’est à quel point votre présence m’a aidée à trouver ma place. Par votre joie de vivre, vous m’avez prouvé que l’on pouvait être un artiste heureux. Je suis française, dans ma culture un artiste est forcément maudit, torturé, pauvre et incompris. Pas toujours, Picasso était riche et acclamé, mais dans mon pays, dans ma famille, l’image de Van Gogh prédomine. Dans mon imaginaire, si on fait vœu de s’exprimer par l’art, on s’engage à le faire jusqu’aux limites de la solitude et de la folie, à la marge de tout, et cet isolement rend triste et malheureux. Il y a cette idée que, pour avoir des choses à dire, on doit les puiser dans sa souffrance.


